Pour que l’innovation se propage en Europe, les pays doivent
consentir de plus gros efforts afin de développer et de
tirer le meilleur parti des compétences et connaissances de
leurs citoyens, selon une récente étude(1) de Peer Ederer,
Philipp Schuller et Stephan Willms – du groupe de réflexion
allemand Deutschland Denken! – publiée par le Lisbon
Council, à Bruxelles.
L’aptitude d’une société à développer, maîtriser et exploiter
l’innovation pour engendrer de la croissance économique et de
la prospérité dépend largement des capacités de ses citoyens et
de l’utilisation de son capital humain. L’exemple d’eBay illustre
bien cette dépendance: il faut non seulement des scientifiques
et des ingénieurs pour développer la plateforme, mais aussi des
connaissances commerciales étendues et un esprit d’entreprise
dont font montre les millions de petits négociants qui utilisent
la plateforme. Et enfin, il faut des centaines de millions de
clients capables de placer des enchères sur le site.
Le cas d’eBay montre que le capital humain représente
beaucoup plus que le niveau d’éducation et le savoir-faire
professionnel qu’on reçoit dans les écoles et les universités.
Le capital humain englobe aussi les compétences culturelles
et les normes sociétales que l’on inculque aux enfants à la
maison, l’éducation informelle que les adultes acquièrent
volontairement durant leur vie, ainsi que l’apprentissage
constant qui accompagne les changements dans l’environnement
de travail.
Donc, pour appréhender le potentiel d’inventivité d’une
société – et la croissance économique qui peut résulter de
cette capacité d’innovation – il est nécessaire de prendre
en considération chacune des cinq composantes du capital
humain: l’éducation parentale, la scolarité, l’enseignement
professionnel/universitaire, la formation des adultes et l’éducation
sur le lieu de travail. L’appréciation doit tenir compte
de la somme du capital humain existant par pays, de la part
de ce total qui est employée sur le marché du travail et de
sa productivité.
Le principal résultat de notre évaluation est que les performances
du capital humain sont très variables dans l’Union
européenne. La Suède peut se prévaloir d’une moyenne de
175 000 € de capital humain par personne employée, tandis
qu’au Portugal, ce chiffre n’est que de 73 000 €. Les Pays-Bas
utilisent 64% de leur capital humain, tandis que l’Italie n’en
emploie que 52%. En Suède, au Royaume-Uni et en Finlande,
la productivité du capital humain est stable, tandis qu’elle a
tendance à décliner dans tous les autres pays – à un rythme qui
peut atteindre 1,5% par an dans les pays méditerranéens.
.
La principale conclusion à tirer, pour les décideurs, est qu’il
y a lieu d’envisager le lien entre capital humain et capacité
d’innovation dans un sens beaucoup plus large que le seul
niveau d’éducation reçu dans les écoles et les universités, ou
le volume d’investissement dans la R&D et les installations
high-tech. Une campagne de promotion du capital humain
en vue de renforcer la compétitivité de l’Europe fondée sur la
connaissance requiert une vaste mobilisation des ressources
privées et publiques dans tous les aspects du cycle d’apprentissage
humain: depuis l’éducation parentale jusqu’à
la formation tout au long de la vie. La grande disparité des
performances parmi les divers pays atteste qu’il reste bien
des possibilités d’amélioration, même dans le contexte européen,
avec son système de valeurs.
(1) Le rapport peut être téléchargé à l’adresse:
http://www.lisboncouncil.net/media/
lisbon_council_european_human_capital_index.pdf
Contact
Peer Ederer, The Innovation and Growth Academy -
peer@innovationgrowth.com
http://www.innovationgrowth.com/