
Le groupe de haut niveau rejette les prévisions faites par certains milieux selon lesquelles l'industrie européenne du textile et de l'habillement aura pour ainsi dire disparu d'ici 15 ans en raison de la concurrence impitoyable de la Chine et de l'Inde, prévisions qu’il qualifie de «pessimistes à l'extrême». Le groupe brosse en revanche un portrait du secteur jusqu'en 2020, qu’il considère comme réaliste, crédible et réalisable.
Sous la présidence de Günter Verheugen, commissaire de la DG Entreprises et industrie, ce groupe donne plusieurs raisons objectives de croire que l'avenir est loin d'être sombre.
Le groupe de haut niveau fait remarquer que, au cours de l'année 2005 (la première année complète de libéralisation depuis la suppression des quotas autorisée par l'accord de l'OMC sur les textiles et les vêtements), la vague d'importations à prix très bas en provenance d'Asie n'a eu l'ampleur tant redoutée. Parallèlement à cela, et malgré la relative vigueur de l'euro, surtout par rapport au dollar, les exportations ont en général bien résisté, avec 36 milliards d'euros en 2005.
Pendant le premier trimestre de 2006, les exportations mondiales de textile vers l'UE ont chuté de 11 %, tandis que les exportations européennes de vêtements vers la Chine ont grimpé de 16 % au cours de la même période, après une augmentation de 15 % déjà en 2005, même si les exportations annuelles n'atteignent pas encore le milliard d'euros. En outre, le groupe de haut niveau souligne que les premiers mois de 2006 ont fait ressortir un degré d'optimisme qui n’avait pas été observé au cours des années précédentes.
Mettre en valeur ses atouts
Le groupe estime que, étant donné la vigueur et le savoir-faire des fabricants de machines européens, l'Union conservera son avance technologique jusqu’en 2020 au moins. Il prévoit que, dans les économies à salaires plus élevés, la part des coûts de la main-d'œuvre dans les coûts globaux diminuera, notamment grâce aux machines plus productives, à l'augmentation des prix de l'énergie et des transports et aux contraintes environnementales.
Néanmoins, dans un climat de croissance continue du commerce international et de pertes d'emplois constantes dans le secteur, le rapport fait remarquer que «l'industrie du textile et de l'habillement de l’UE devra devenir plus agile et plus dynamique». Cette nette réduction de sa main-d’œuvre lui permettra d’augmenter sa productivité et elle devra se concentrer davantage sur les exportations.
Le secteur a besoin d'une restructuration radicale. À cet effet, il devra mettre en place une coopération mieux pensée et centrer ses efforts sur l'innovation et le développement. Il pourra ainsi créer des groupes d'entreprises de plus grande envergure, dotés d'une masse critique indispensable et de plans d’affaires crédibles pour convaincre les institutions de crédit.
Les avancées technologiques permettront de dépasser les secteurs traditionnels de l'habillement et des articles ménagers et de trouver de nouvelles utilisations des textiles, allant des vêtements protecteurs dans les domaines des transports et de la médecine aux revêtements artificiels de surfaces sportives ou aux composants non métalliques légers pour véhicules à moteur.
Ces avancées profiteront également aux secteurs traditionnels de l'habillement, en encourageant une évolution vers la personnalisation massive des produits. Les technologies d'essayage virtuel permettent en effet aux entreprises de proposer des articles taillés sur mesure.
L'UE contribue déjà à cette évolution, en apportant un financement de 14 millions d'euros dans le cadre du projet LEAPFROG mais aussi plus de 30 millions d'euros au titre de divers projets innovants en matière de textiles médicaux, protecteurs et de construction.
Des recommandations spécifiques
Sur la base des 36 recommandations qu'il a formulées dans son premier rapport en juin 2004, le groupe de haut niveau identifie des domaines d’action dans quelques secteurs spécifiques: compétitivité, questions de réglementation et de marché intérieur, éducation, formation et emploi, droits de propriété intellectuelle, aspects régionaux, recherche et développement, innovation et politique commerciale.
Tandis que certaines de ces recommandations attirent l'attention sur des éléments du premier rapport dont la mise en œuvre reste à achever, notamment les efforts pour mettre un frein à la contrefaçon et la constitution d'une main-d'œuvre dotée de compétences adéquates, d'autres se lancent dans des directions nouvelles.
Certaines portent sur les droits de propriété intellectuelle (DPI): l'UE doit collaborer étroitement avec les pays en développement pour leur montrer qu'ils ont eux aussi tout intérêt à assurer la protection des marques et modèles légalement déposés. Le groupe de haut niveau suggère de prendre exemple sur l'Allemagne et la Belgique, qui ont mis sur pied des cellules anti-contrefaçon efficaces. Il recommande l'application d'un code de déontologie dans les foires commerciales afin d'empêcher les entreprises de copier les produits de leurs concurrents.
La création d'observatoires nationaux et européens pour l'emploi et la formation pourrait contribuer à la constitution d'une main-d'œuvre qualifiée. En outre, le groupe de haut niveau recommande à l'industrie de travailler en étroite coopération avec les établissements d'enseignement supérieur afin de concevoir un cursus approprié et d'offrir des matériels didactiques conviviaux qui permettront de mettre ses atouts en avant.
L’accent devra être mis sur les accords commerciaux bilatéraux étant donné les incertitudes qui subsistent autour du cycle du développement de Doha. Le groupe de haut niveau recommande que ces accords soient axés sur des droits nuls et sur la suppression simultanée par les deux partenaires des barrières non tarifaires.
Outre la nécessité d'investir dans la recherche et l'innovation et de promouvoir la normalisation, ce dernier rapport adresse un message de nature plus politique à l'industrie du textile et de l'habillement: celle-ci doit améliorer son image en attirant l’attention sur les exemples de réussite du secteur et reléguer résolument au passé l'époque des «dark satanic mills» [les usines noires et sataniques de W. Blake].
L'industrie du textile dans l'UE-25 en 2005
Chiffre d'affaires: 198 milliards d'euros
Emploi: 2,7 millions de travailleurs
Valeur ajoutée: 59,9 milliards d'euros
Nombre d'entreprises: 230 000
Investissements: 5,07 milliards d'euros
Exportations: 36,5 milliards d'euros
Importations: 73 milliards d'euros |
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Auteur : Michaela Senarova