
Le secteur pharmaceutique joue un rôle
clé en Europe et ce à double titre: comme
industrie basée sur la connaissance d’une
part, comme source d’accroissement de la
richesse d’autre part. Toutefois, l’Europe n’est
plus aujourd’hui qu’une pâle reproduction
de ce qu’elle était il y a 25 ans: le laboratoire
mondial de la recherche pharmaceutique.
Alors que le secteur pharmaceutique européen
produisait, il y a 25 ans, la majorité des
médicaments mis sur le marché, 8 médicaments
sur 10 sont aujourd’hui développés
aux États-Unis.
La raison de ce déclin est simple, selon
Nicole Fontaine, MPE et ancienne présidente
du PE. L’industrie pharmaceutique
est confrontée à une réglementation plus
stricte et à des coûts plus élevés que tout
autre secteur industriel. Développer de
nouveaux médicaments comporte, en outre,
une grande part de risque. Sur 5 000 à
10 000 substances prometteuses, en moyenne
une seule passera le cap des essais extensifs
de la phase de R & D et sera approuvée
en tant que produit commercialisable de
qualité, sûr et efficace.
Étant donné les risques majeurs liés aux
médicaments, l’industrie doit également
se soumettre à des processus rigoureux de
contrôle et de traçabilité, payer des primes
d’assurance élevées et se conformer à des
lois très strictes en matière de licences. «Ces
contraintes et les coûts supplémentaires
induits ont un impact majeur sur le budget
de la recherche et ralentissent le processus
de R & D», a-t-elle souligné.
Autre pierre d’achoppement pour l’industrie:
le système de brevets actuellement en
vigueur en Europe, que Mme Fontaine qualifie
de «dissuasif». Les coûts de la protection
par brevet seraient notamment deux
à quatre fois plus élevés qu’aux États-Unis.
Cette situation est due en partie aux frais
de contentieux et au fait que le brevet doit
être traduit dans les langues officielles de
chaque pays pour lequel la protection est
souhaitée.
Tous les médicaments restent sous brevet
durant 20 ans. Mais la hausse soutenue des
coûts, combinée à une pression à la baisse des
prix, fait qu’il est de plus en plus difficile pour
de nombreuses sociétés pharmaceutiques de couvrir leurs frais de R & D avant l’expiration
du brevet. De l’avis de Mme Fontaine,
il faudrait prolonger la durée des brevets
délivrés aux sociétés pharmaceutiques à
concurrence du temps nécessaire pour
obtenir l’homologation d’un médicament.
«Le système actuel qui prévoit une durée de
brevet identique pour une nouvelle console
vidéo et un médicament me semble inadapté
», a-t-elle ajouté.

Ces prises de position sont également celles
de Johan Vanhemelrijck, secrétaire général
de The European Association for BioIndutries
(EuropaBio, l’association européenne des
bioindustries). Pour lui, les coûts actuels
élevés de la protection par brevet, qui avoisinent
les 40 000 euros dans l’UE contre
moins de 3 000 euros aux États-Unis, constituent
un obstacle majeur à l’innovation, en
particulier pour les PME. Or, il convient de
ne pas l’oublier, aider les PME à innover est
essentiel, celles-ci représentant 99 % des
entreprises européennes et 80 % de toutes
les demandes de brevet soumises à l’OEB.
Sur le long terme, M. Vanhemelrijck estime
que réduction des coûts passe nécessairement
par l’introduction d’un brevet communautaire,
«mais sur le court terme, nous
devons garder à l’esprit d’autres alternatives
». Une étant la ratification du protocole
de Londres, un accord qui autoriserait les
pays signataires à soumettre des brevets en
trois langues seulement (allemand, anglais et
français) et permettrait de réduire le nombre
de traductions requises. Dix pays ont déjà
signé le protocole mais il manque la ratification
par la France pour que l’accord puisse
entrer en vigueur.
Une autre initiative
susceptible
d’aider à
réduire les coûts
est la révision par
la Commission
européenne des
règles applicables
aux aides d’État en
matière de R & D.
Le nouveau schéma
permet aux aides de
couvrir certains des
coûts de brevetage
engagés par les PME et prévoit une aide en faveur des jeunes
entreprises innovantes et des conglomérats
d’innovation. «Si seulement la moitié
des États membres trouvent l’argent nécessaire
pour soutenir les PME de cette façon,
les choses pourront déjà bouger», estime
M. Vanhemelrijck.
Mais les coûts liés aux brevets ne sont pas
le seul frein à l’innovation en Europe. Les
investissements de démarrage consentis
par l’industrie pharmaceutique sont insuffisants,
estime Francis Carpenter, directeur
de la Banque européenne d’investissement (BEI). Pour y remédier, le Fonds européen d’investissement (FEI) a lancé le programme «Technology Transfer Accelerator» (TTA),
une initiative qui vise à fournir des fonds de capital-risque pour combler le déficit de financement entre recherche et financement
d’amorçage. Diverses organisations européennes ont déjà bénéficié de l’aide du FEI et, de l’avis de M. Carpenter, les résultats
démontrent qu’il s’agit là d’argent bien dépensé. Au total, 50 millions d’euros sont débloqués chaque année pour permettre la poursuite de l’initiative au-delà de sa phase pilote initiale.
Dans ses conclusions, le professeur Alain
Pompidou, président de l’OEB, se dit convaincu que la France parviendra rapidement
à un accord sur le protocole de Londres. «Avec un peu de chance, l’accord pourrait se conclure pour les élections présidentielles
françaises ou pour 2008 au plus tard.» Selon le professeur Pompidou, le mouvement en faveur de la ratification du protocole s’intensifie dans les pays francophones;
ainsi, 16 pays africains francophones y ont adhéré récemment.
Le débat sur le brevet communautaire devrait être relancé en 2007 sous la présidence allemande du Conseil de l’UE.