
Station de ski d’Åre, en Suède.
© Pär Ängerheim
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Les autorités locales et les organismes publics comme les agences de développement sont naturellement enclins à favoriser l’éclosion et l’expansion de grappes industrielles, eu égard aux bénéfices économiques qu’elles peuvent apporter à une région. La question cruciale est: comment organiser au mieux le soutien des pouvoirs publics? Les Régions innovantes d’Europe ont organisé un atelier pour examiner différentes méthodes d’aide aux grappes industrielles. Parmi les expériences réussies présentées à cette occasion, deux exemples illustraient des initiatives du sud-est de l’Angleterre et du comté de Jämtland dans le nord de la Suède.
Peter Taylor, de l’Agence de développement du sud-est de l’Angleterre (SEEDA), assure qu’il convient d’adopter une approche flexible, selon l’industrie en question, ses besoins et le niveau de développement des grappes industrielles.
«Je crois que nous devons bien comprendre que les grappes industrielles se forment naturellement: notre rôle n’est pas d’essayer de construire des réseaux d’entreprises, parce que ça ne marche pas», explique-t-il. «Ce que nous pouvons faire, c’est renforcer les grappes de diverses façons, en encourageant les contacts entre les entreprises ou en comblant une défaillance du marché, par exemple».
Dans la région dont s’occupe la SEEDA, on dénombre une multitude de grappes industrielles couvrant des secteurs très diversifiés, notamment les pharma-biotechnologies, l’ameublement, les constructions mécaniques ainsi que différentes facettes des technologies de l’information. Certains de ces réseaux sont arrivés à maturité, d’autres pas, ce qui veut dire que la SEEDA doit analyser soigneusement la situation avant de proposer une assistance.
Une aide ciblée peut se révéler très payante. Par exemple, la SEEDA subventionne une grappe industrielle dans le secteur maritime/constructions navales en vue d’améliorer les activités de développement de réseau: le renforcement des liens entre les entreprises a permis à des chantiers navals locaux de décrocher de nouveaux contrats d’une valeur de trois quarts de million d’euros.
Une participation créative
La contribution du secteur public à la mise en place de grappes industrielles peut se révéler très créative, surtout lorsqu’il s’agit de remédier à une faiblesse particulière. L’équipe de Peter Taylor a, par exemple, imaginé un système de réservoir de ressources humaines pour aider le secteur local des industries liées à la défense à former et retenir une main-d’œuvre qui risquait d’être perdue à la fin de certains contrats à court ou moyen terme.
D’autres initiatives montrent aussi que le secteur public peut réellement offrir un soutien entrepreneurial au secteur privé, auquel on prête pourtant un sens des affaires plus aiguisé. La SEEDA a ainsi aidé la Raven Alliance, une grappe industrielle locale du secteur de la défense/sécurité, à intensifier ses efforts de coopération afin de trouver des moyens d’améliorer ses perspectives économiques à long terme.
«Dans cette optique, la Raven Alliance a signé plusieurs accords de transfert technologique avec des homologues australiens, grâce à quoi on peut espérer que les partenaires amélioreront leurs produits afin de prendre pied sur le lucratif marché de la défense américain», explique M. Taylor.
La SEEDA a également financé et encouragé le développement de consortiums qui opèrent comme des entreprises semi-autonomes et proposent à présent un soutien pour le développement de réseau dans divers secteurs, comme l’aérospatiale, l’industrie maritime et les biotechnologies.
«Une bonne partie du travail des grappes industrielles de la région passe par les consortiums – l’existence de puissants réseaux nous permet d’apporter un soutien top-down ou ascendant, car ces industries sont à présent capables de nous dire ce qu’elles cherchent à faire et ce dont elles ont besoin», conclut Peter Taylor.
Le modèle suédois
La grappe industrielle du secteur touristique d’Åre, une station de ski dans les montagnes qui bordent la frontière nord de la Suède avec la Norvège, a aidé la station à devenir l’un des principaux lieux de villégiature du pays. Dans les années 1970 et au début des années 1980, le secteur public a joué un rôle déterminant pour le développement du tourisme dans la région, notamment parce que des stations comme Åre devaient investir des sommes considérables dans leurs infrastructures pour s’imposer comme des centres touristiques viables.
Toutefois, ce rôle crucial a beaucoup changé au cours des dernières années, à mesure que le secteur privé prenait le relais pour confirmer le statut de la région en tant que haut lieu du tourisme.
«Les pouvoirs publics locaux ont transféré une bonne partie de leurs responsabilités à l’association des entreprises locales, et les décisions peuvent donc être prises à un niveau plus proche des parties concernées», précise Sara Nordin, de l’Institut européen de recherche sur le tourisme.
En matière de développement, le rôle du secteur public est clairement défini: il s’emploie à obtenir des fonds auprès des instances européennes et nationales. La municipalité locale a d’ailleurs récemment investi dans la construction d’un centre de conférence, malgré certaines critiques qui soutenaient que l’argent aurait été mieux dépensé pour des services traditionnels.
«Il y a certainement une prise de risque en commun, de la part des secteurs public et privé, ainsi qu’une volonté de partager les ressources, mais le succès est au rendez-vous puisque les rentrées fiscales ont récemment augmenté à Åre», explique Mme Nordin.
La grappe industrielle a bien réussi à développer la saison d’été, ce qui a permis à la population de résider désormais toute l’année à Åre. C’est un sérieux avantage en termes de croissance économique et la station connaît un essor démographique qui contraste nettement avec le reste du nord de la Suède, où le nombre d’habitants est généralement en baisse.
Vision pour 2020
Les secteurs public et privé ont aussi collaboré étroitement au sein du groupe stratégique Vision 2011, qui a esquissé des plans pour développer la station de ski et l’économie locale. En fait, si l’on en croit Sara Nordin, le groupe a fortement amélioré la coopération entre les deux secteurs, qui ont uni leurs efforts pour financer des projets et des initiatives visant à élargir les perspectives économiques de la région.
«Åre a développé un modèle de coopération public-privé qui a fait entrer la grappe industrielle dans une nouvelle phase de croissance, peut-être plus forte que jamais», ajoute-t-elle.
Cette relation est appelée à prendre encore de l’ampleur car le groupe 2011 élargit ses ambitions pour devenir le groupe Vision 2020. Cet organisme compte plus de membres que son prédécesseur et vise à formuler des stratégies à plus long terme pour développer encore le tourisme à Åre.