Cette étude sur les peintures en phase aqueuse dans l'industrie automobile répond au
souci d'anticiper l'arrivée en France d'une nouvelle génération de produits qui doit permettre
de satisfaire à l'obligation légale de réduire au maximum les rejets de solvants dans
l'atmosphère.
Une bonne connaissance des formulations et des procédés de mise en oeuvre était nécessaire
pour pouvoir répondre aux interrogations que fait naître l'apparition de cette technologie.
L'étude a reposé, entre autres, sur l'analyse systématique d'une trentaine d'échantillons
de peintures recouvrant l'ensemble des gammes proposées aux constructeurs et
réparateurs.
Les peintures en phase aqueuse constituent un progrès notable en matière d'hygiène et de
sécurité. Toutefois, les compositions renferment toutes des éthers de glycol (butylglycol),
des alcanolamines (diméthylaminoéthanol) et de la N-méthylpyrrolidone, qui rendent obligatoire
la protection cutanée des peintres.
Dans le cadre de la protection
de l'environnement, la France
s'est engagée en 1985 à réduire,
à l'horizon 2000, ses émissions
de COV (composés organiques volatils)
de 30 %
La réglementation française, dans l'attente
d'une Directive européenne en cours
de négociation (dite Directive « COV ») (2),
concerne tout particulièrement les industries
productrices et utilisatrices de peintures,
qui représentent presque 50 % des
COV produits.
Ainsi, la Directive du 3 juillet 1995 relative
à l'application des peintures dans l'industrie
automobile, estimant que le bilan
des émissions réalisé à cette date n'était
pas satisfaisant (réduction de 15 % seulement
par rapport à 1988), précise qu'une
seconde étape de réductions, plus significative,
doit être franchie.
L'objectif actuel est, pour les producteurs
automobiles, de limiter la masse de
substances rejetées à une moyenne de 6
kg par véhicule de tourisme (ou 90 g par
m2 de surface peinte). Ceci devrait conduire,
dès 1999, à une réduction de 40 % des
émissions de COV pour l'ensemble des
sites automobiles, par rapport à 1988.
Cet objectif implique des aménagements
technologiques lourds ou le recours à des
produits contenant moins de solvants :
- peintures à haut extrait sec,
- peintures en phase aqueuse,
- peintures à diluants réactifs,
- peintures en poudre.

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Ce sont dans les domaines des peintures
en phase aqueuse et des peintures en
poudre qu'ont été réalisés les principaux
efforts de développement, car ces formulations
conduisent à la réduction la plus
importante des émissions de solvants sans
changement radical de technologie de
mise en oeuvre.
Les peintures dites « à l'eau » étaient jusqu'ici
largement employées dans le secteur
du bâtiment et le grand public. Ce
n'était pas le cas dans l'industrie, et encore
moins la branche automobile, pour
laquelle les producteurs de peintures ont
dû investir massivement, afin de développer
des produits moins polluants répondant
à des contraintes techniques (résistance
à la corrosion, solidité), économiques
et esthétiques bien spécifiques ;
ceci a conduit à une profonde modification
des gammes proposées.
Nous avons voulu anticiper et suivre
l'arrivée, dans le domaine automobile, de
ces nouvelles gammes de peintures, pour
être à même de répondre aux interrogations
que fait généralement naître chez les
utilisateurs, les médecins du travail et les
professionnels de la prévention l'apparition
d'une technologie ou d'un nouveau
type de produits.
Notre travail a consisté à étudier systématiquement
les peintures et leur mise en
oeuvre afin de pouvoir mettre en évidence
les éventuels risques d'exposition des
peintres.
Connaissant mieux les produits, nous
pourrons répondre aux questions posées
sur leurs compositions. Les fiches de données
de sécurité, dans lesquelles les substances
potentiellement sensibilisantes et
allergisantes n'apparaissent que très rarement,
n'en donnent souvent qu'une idée
trop succincte.
1. Étapes et contraintes
dans l’application d’une
peinture automobile
1.1. Processus de peinture
en première monte
(construction automobile)
La peinture d'une automobile est constituée
d'au moins 4 couches (fig. 1). Les
principales étapes de la mise en peinture
d'une automobile sont schématiquement
représentées sur la figure 2. L'application
de produits en phase aqueuse a lieu dans
l'atelier des laques (ou couches de base).
Le passage aux produits en phase
aqueuse est quasi impossible à partir
d'une installation ancienne et doit être
prévu dès la conception des ateliers afin
d'intégrer toutes les contraintes :
- de corrosion : toutes les installations
doivent être en acier inoxydable de haute
qualité ;
- d'hygrométrie : un poste de traitement
de l'air, coûteux, permet de respecter les
conditions strictes d'hygrométrie (55 à 70
% HR dans les cabines) ;
- de pollution : les peintures en phase
aqueuse sont très sensibles aux salissures
et exigent des conditions de propreté et de
nettoyage rigoureuses. Un poste de traitement
de l'eau est également à prévoir ;
- du comportement de la peinture :
- une extrême rigueur est obligatoire
pour le réglage de la vitesse de rotation et
du positionnement des systèmes de distribution
de la peinture et de la courbe de
cuisson (sous peine de sanctions immédiates
sur la qualité du revêtement) ;
- la caisse automobile doit être chauffée
à 70 °C pendant quelques minutes (évaporation
de l'eau) puis refroidie afin que le
vernis final solvanté soit appliqué sur la
carrosserie froide (sous peine de graves
défauts d'aspect).
La chaîne doit donc être allongée de 40
à 45 m.
Malgré les avantages financiers retirés de :
- l'ininflammabilité des peintures (baisse
des primes d'assurances),
- l'inutilité d'une préparation des peintures
(produits prêts à l'emploi),
- la réduction considérable des émissions,
l'utilisation des produits en phase
aqueuse reste d'environ 20 % plus coûteuse
que l'utilisation des peintures solvantées
classiques.

1.2. Processus de peinture
en réparation
Les carrossiers seront également concernés
par les futures mesures réglementaires
européennes et les fabricants leur proposent
désormais des systèmes hydrodiluables
ou hydrosolubles qui répondent (à
prix concurrentiels !) aux exigences spécifiques
suivantes :
- non-sensibilité aux conditions climatiques,
- possibilité d'utilisation dans les installations
classiques d'un atelier actuel sans
modifications de la cabine et du temps
nécessaire à une réparation.
Des gammes complètes de produits
nouveaux existent pour toutes les phases
de processus de réparation :
- nettoyage et dégraissage au chiffon
des surfaces à repeindre,
- application de la peinture,
- nettoyage du matériel.
L'apprêt et la teinte de base sont des
produits « à l'eau » et correspondent à des
formules de mélanges à reconstituer in
situ ; l'ordre d'introduction des différents
constituants étant très important pour faciliter
le mélange co-solvants/composés
aqueux.
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Source : Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 177 - INRS
Auteur : D. Jargot,
M. Dieudonné, C. Hecht,
A. Masson, O. Moulut, B. Oury,
Département Métrologie
des polluants,
Centre de recherche de l’INRSLorraine,
Nancy