Si vous voulez voler entre Bruxelles et Washington, vous ne pouvez actuellement emprunter qu'une compagnie américaine ou une compagnie belge. Par ailleurs, le nombre de routes vers les Etats‑Unis depuis l'Espagne, l'Irlande ou la Grèce est sévèrement limité. Cela est dû aux restrictions en vigueur sur l’espace aérien entre les deux continents. Des restrictions qui devraient être bientôt levées.
Car grâce au nouvel accord « ciel ouvert » Etats-Unis/UE, les compagnies aériennes européennes seront bientôt autorisées à voler de n’importe quelle ville européenne jusqu’à la ville américaine de leur choix. Et un nombre plus important de compagnies américaines pourront voler vers les aéroports européens.
Bénéfices de l’accord...
« Cette accord sans précédent représenterait, en termes économiques, des bénéfices de 12 milliards d’euros et la création de 80 000 emplois », explique le commissaire aux transports, Jacques Barrot. Un accord historique qui devrait aussi avoir un impact pour les usagers du transport aérien : on estime que l’accord permettra à 26 millions de passagers supplémentaires de voyager entre les deux continents en 5 ans. Le marché serait donc supérieur de 34% avec l’accord, par rapport à ce qu’il serait sans l’accord.
Paolo Costa, député italien du Groupe ALDE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe) et président de la commission des Transports au Parlement, résume ces enjeux économiques : « Le nouvel accord conclu avec le gouvernement américain aura un impact très positif en accroissant la concurrence sur le marché du transport aérien, et donc en réduisant le prix final du billet payé par les passagers. »
...vs. effets néfastes pour l’environnement
Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement européens viennent de s’accorder, la semaine dernière, pour réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre de l’UE d’ici à 2020, certains soulignent la contradiction entre un tel accord économique et les priorités politiques européennes. Car l’augmentation du nombre de vols augmentera aussi la pollution générée. Et ce, même si le trafic aérien n’est responsable que de 3% de tous les gaz à effet de serre émis sur la planète.
Caroline Lucas, députée britannique du groupe des Verts/ALE et auteur d’un rapport sur les effets de l’aviation sur le changement climatique, s’oppose à l’accord : « Il est tout simplement incompatible d’encourager l’augmentation des vols entre l’UE et les Etats-Unis et de vouloir réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour éviter les impacts dramatiques du changement climatique, ou même pour atteindre les objectifs fixés par le sommet européen de la semaine dernière ! »
Pas plus de vols, mais plus de destinations !
Pour Paolo Costa, l’impact de l’accord sur le changement climatique restera cependant minime : « C’est vrai qu’on peut espérer un accroissement du nombre de vols transatlantiques, mais il sera beaucoup moins important que celui prévu sur les marchés mondiaux émergents ! Le marché UE-Etats-Unis est mature, donc l’effet le plus probable de l’accord sera d’accroître le nombre de destinations disponibles, pas forcément d’augmenter le trafic. L’accord ne jouera qu’un rôle mineur dans les problèmes de changement climatique. »
D’autant que l’accord Open Skies vise également à favoriser l’amélioration de l’efficacité du fuel et donc à réduire les émissions du transport aérien. Un argument que Caroline Lucas tempère : « Même si l’accord améliore l’efficacité du fuel de certains vols transatlantiques, toute réduction des émissions sera complètement noyée par la croissance générale du nombre de vols qui surviendra probablement. ».
Selon la députée verte, il faudrait donc suspendre l’accord « tant que les Etats-Unis et l’Europe n’ont pas adopté, chacun, un paquet de mesures pour réduire les émissions du secteur aérien, année par année. ».
Accord « ciel ouvert » : signature en vue
Quelques détails de l’accord ont aussi leur importance : si les compagnies européennes pourraient alors fusionner sans perdre leurs droits de voler vers les Etats-Unis, elles ne pourraient toujours pas, malgré l’accord, relier deux villes américaines entre elles. Et les compagnies européennes ne pourraient acquérir que 25% des compagnies aériennes américaines.
Le Parlement n’a qu’un rôle consultatif sur ce dossier : l’accord Open Skies devrait être étudié au Conseil des ministres des Transports, le 22 mars prochain. Sa signature officielle est prévue lors du sommet UE-Etats-Unis du 30 avril 2007. L’accord entrerait alors en vigueur le 28 octobre 207.