Les forêts d’Europe recèlent l’une des matières premières les plus polyvalentes et renouvelables que nous ayons à notre disposition. Si les industries européennes de la filière bois couvrent à la fois des secteurs high-tech et low-tech, bon nombre de leurs produits n’ont souvent qu’une faible valeur ajoutée. L’innovation peut les aider à tirer un meilleur parti de leur avantage environnemental et à faire face à la concurrence croissante dans le monde.
Les industries qui travaillent le bois gagnent à être proches de leurs clients.
Photo: Chris Boyle |
Quand on évoque l’exploitation forestière, les premières images qui viennent à l’esprit sont celles d’arbres abattus, de déforestation et de dégradation de l’environnement. En fait, l’industrie forestière est l’une des plus performantes en termes de régénération et de recyclage. «En un an, nous n’utilisons qu’environ les deux tiers de la croissance annuelle des forêts européennes», explique Per-Ove Engelbrecht, de l’unité Industrie forestière. «Les forêts sont donc en expansion en Europe. Mais il faut 20 ans et plus pour que les arbres poussent, tandis que la plupart des cultures produisent une récolte dans l’année.»
Si le bois constitue une matière première qui peut être recyclée et régénérée sans épuiser les ressources de la terre, ne peut-on en faire un meilleur usage et quelles sont les perspectives pour l’innovation dans le secteur? Le bois est utilisé pour l’énergie, la construction, le mobilier et d’autres produits manufacturés. C’est aussi la matière première du papier et du carton (dont on produit chaque année plus de 100 millions de tonnes dans l’Union, malgré le développement des communications électroniques), et il est largement utilisé pour l’emballage et le conditionnement.
La position de l’Europe
L’Europe ne représente que 5% des forêts sur la planète. Aussi est-il inévitable que notre industrie soit confrontée à une forte concurrence. «Notre climat n’est pas idéal pour une croissance rapide des arbres», dit M. Engelbrecht. «Dans l’hémisphère sud, les arbres poussent plus vite et l’on peut cultiver davantage d’espèces. En Europe, nous sommes très limités en termes d’espèces exploitables à un coût raisonnable.» Les entreprises européennes peuvent aussi acheter du bois ou gérer des exploitations forestières sous des climats plus chauds. Le bois et ses dérivés sont des produits volumineux. Les producteurs européens gardent donc un avantage du fait des moindres coûts de transport pour la livraison en Europe. D’un autre côté, la concurrence d’autres régions du monde s’accentue pour la fourniture de pâte à papier.
«C’est une industrie très importante dans de nombreuses zones rurales où il n’y a parfois pas d’autres emplois en dehors de l’abattage, du transport et de la transformation du bois», souligne M. Engelbrecht. Au total, la filière bois (y compris l’imprimerie) représente près de 3 millions d’emplois dans l’Union, répartis dans plus de 330 000 entreprises (des PME pour la plupart). Ces entreprises apportent à l’économie européenne une valeur ajoutée de quelque 123 milliards €, soit 8% de l’ensemble de la valeur ajoutée manufacturière.
Respect de l’environnement
L’un des points forts de l’Europe dans ce secteur est l’exploitation forestière durable. La croissance annuelle des forêts européennes est supérieure au volume d’arbres abattus. Mais pour garantir le respect de l’environnement dans les activités des exploitants et la régénération effective des forêts, de nombreuses entreprises européennes ont recours à des systèmes de certification volontaires. Leurs activités sont contrôlées par des organisations de certification indépendantes, qui vérifient si elles satisfont à des critères objectifs de gestion durable. Quelque 50% des forêts européennes sont aujourd’hui certifiées de cette façon (tout comme aux Etats-Unis et au Canada). A l’inverse, dans certaines régions chaudes du monde, il existe un réel danger de déforestation en raison des abattages intensifs, en particulier pour les espèces précieuses de bois dur.
L'exploitation forestière appelle une gestion durable.
Photo: Holmen |
Mais les préoccupations environnementales ne se limitent pas aux forêts. Le bois et ses dérivés ont un formidable potentiel de recyclage et de réutilisation. Il existe une hiérarchie dans les produits dérivés du bois. Par exemple, le papier à lettre fabriqué avec la pâte issue de la transformation du bois peut être recyclé en papier journal ; et le bois d’œuvre peut être recyclé pour fabriquer des panneaux d’aggloméré. Mais pour que le recyclage en vaille la peine, les coûts de réutilisation doivent être moins élevés que les coûts du travail avec du bois brut. Les nouvelles technologies jouent donc un rôle essentiel pour rendre le recyclage plus rentable.
«Le recyclage du papier est rentable parce lorsque vous atteignez une certaine échelle, vous créez des boucles locales qui minimisent les coûts de transport», estime Per-Ove Engelbrecht. «En général, vous aurez quand même besoin d’un nouvel apport, mais 65 à 95% des fibres peuvent être réutilisées. En moyenne, le rebut tourne autour de 15% seulement.»
Pour obtenir un papier recyclé de bonne qualité, il convient d’enlever les corps étrangers. C’est cette opération qui fait grimper les coûts du recyclage, d’abord parce que les papiers usagés doivent être triés à l’arrivage et ensuite parce que la pâte doit être «nettoyée». Les entreprises européennes ont une longueur d’avance en matière de développement de technologies et de méthodes de tri et de nettoyage rentables et efficaces. Mais même les machines les plus perfectionnées ne peuvent convertir toute la pâte à papier, et il est donc nécessaire de mettre aussi au point des techniques pour traiter les boues qui restent. Comme le précise M. Engelbrecht, plusieurs procédés sont actuellement employés, afin par exemple de les utiliser dans la fabrication de briques isolantes pour l’industrie du bâtiment.
De meilleurs produits
Faire du neuf avec du vieux.
Photo: Holmen |
L'autre grand débouché est celui qui s’offre au secteur du travail du bois. Ces industries débitent des planches ou produisent des panneaux de fibres de bois, destinés à la construction et fabriquent du mobilier, des objets décoratifs et des jouets. Le niveau technologique de ces industries est traditionnellement peu élevé, ce qui les expose à la concurrence des économies à bas salaire, en dehors d’Europe. La production à forte intensité de main-d’œuvre, couplée à des denrées non périssables, facilite la concurrence d’autres continents et l’importation de produits à bas prix vers les marchés européens. Bien que les entreprises européennes soient à la pointe du développement de nouvelles machines pour optimiser la production, cela ne constitue pas un avantage décisif pour les industries de la filière bois en Europe : «Les machines les plus perfectionnées sont déjà en cours d’installation en Chine.»
En revanche, la proximité des utilisateurs reste un atout pour les producteurs européens. Dans le secteur du bâtiment, de nombreux aspects appellent encore des efforts de normalisation avant qu’un véritable marché unique européen puisse exister. Par exemple, les portes des maisons peuvent paraître très semblables, mais les serrures en usage dans plusieurs Etats membres sont légèrement différentes et leurs positions ne sont pas tout à fait identiques. Il s’ensuit que les portes destinées à différents marchés nationaux doivent être fraisées selon des modèles divers.
Aujourd'hui, les fabriques de papier opèrent à une échelle gigantesque.
Photo: Holmen |
Dans l’ensemble, le secteur doit relever deux défis principaux, explique Per-Ove Engelbrecht: «Les industries du travail du bois sont dominées par les petites entreprises, mais certaines nouvelles scieries sont conçues pour une production annuelle d’environ 1 million m
3 . Une consolidation s’est opérée, mais très lentement. Pour être plus compétitives, ces entreprises doivent produire de plus gros volumes et réaliser des économies d’échelle suffisantes. Ensuite, il est vital que ces entreprises apportent une valeur ajoutée à leurs produits pour faire face à la concurrence sur les marchés mondiaux.»
«Par exemple, le papier peut être porteur d’informations – pas seulement des textes imprimés et des images, mais nous pourrions avoir des emballages qui nous indiquent quand les aliments à l’intérieur sont près d’être périmés. Les entreprises européennes doivent être en première ligne pour développer et commercialiser des produits de ce genre.» Un autre exemple est l’invention de solutions de protection contre l’incendie, qui contribueraient à éliminer ce qui reste perçu comme un des grands inconvénients des constructions en bois à plusieurs étages. Ou le développement de systèmes faciles à assembler, des escaliers par exemple, avec des pièces prédécoupées et des instructions de montage claires, qui permettraient aux amateurs de se charger eux-mêmes de divers travaux.
Stimuler l’innovation
«Il existe certainement des opportunités, mais l’industrie doit les saisir», conclut M. Engelbrecht. «Le problème est que la R&D n’occupe que peu de place dans ce secteur. Si les grandes entreprises ont des départements de R&D, la recherche stagne trop bas. La plateforme technologique sur la filière bois (FTP – Forest-based sector Technology Platform) vise à mettre en commun les ressources limitées de la recherche dans ce domaine. L’intérêt manifesté partout en Europe fait ressortir la nécessité de ce type de coordination.»
Plateforme technologique
A l'issue d'un processus de consultation auquel ont pris part, en l'espace d'un an, plus de 1 000 représentants de l'ensemble du secteur, la plateforme technologique sur la filière bois a publié son agenda de recherche stratégique au début de cette année. Il expose les grands défis auxquels l'industrie se trouve confrontée, mais souligne que ces défis peuvent être relevés pour en faire des avantages. Il remarque surtout que le secteur dispose d'un atout important en termes de durabilité, dont aucune autre industrie ne peut se prévaloir. Si l'Europe ambitionne sérieusement de réduire ses émissions de CO2, le bois et ses dérivés seront appelés à remplacer des produits tirés de sources non renouvelables dans des domaines d'activités aussi divers que le conditionnement, les combustibles, l'industrie chimique et le bâtiment. L'agenda de recherche stratégique dresse une liste détaillée des domaines qui présentent le plus grand potentiel pour le développement de nouveaux produits et services dans chaque composante du secteur (voir tableau).
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Tableau 1 : Les domaines de recherche identifiés par la plateforme technologique sur la filière bois pour relever les principaux défis jusqu'en 2030.
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Chaînes de valorisation de la filière bois |
Objectifs stratégiques |
Sylviculture |
Produits du bois |
Pâte à papier et produits à base de papier |
Bioénergie |
Spécialités |
1. Développement de produits innovants pour répondre à l’évolution des marchés et aux attentes des clients
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1-6 : Commercialisation des valeurs « douces » de la forêt
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1-1 : Une nouvelle génération de conditionnements fonctionnels
1-4 : Vivre avec le bois
1-5 : Construire avec du bois
1-10 : Nouvelle génération de composites
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1-1 : Une nouvelle génération de conditionnements fonctionnels
1-2 : Le papier, partenaire de la communication, de l’éducation et de la formation
1-3 : Hygiène et soins de santé
1-8 : Pâte à papier, énergie et produits chimiques issus du bioraffinage du bois
1-10 : Nouvelle génération de composites |
1-7 : Une Europe qui bouge grâce aux biocombustibles
1-8 : Pâte à papier, énergie et produits chimiques issus du bioraffinage du bois
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1-8 : Pâte à papier, énergie et produits chimiques issus du bioraffinage du bois
1-9 : Spécialités de la chimie « verte »
1-10 : Nouvelle génération de composites
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2. Développement de procédés de fabrication intelligents et efficaces, notamment en termes de réduction de la consommation énergétique
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2-4 : Technologies avancées pour la transformation primaire du bois
2-5 : Nouvelles technologies de fabrication pour les produits du bois
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2-1 : Reconfiguration de la chaîne de valorisation des fibres
2-2 : Meilleures performances pour un apport réduit de facteurs de production dans les produits du papier
2-3 : Réduction de la consommation énergétique dans la production de pâte à papier et de papier |
2-3 : Réduction de la consommation énergétique dans la production de pâte à papier et de papier
2-6 : Technologies de développement de la production de chaleur et d’électricité
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3. Augmentation du volume de la biomasse forestière disponible et de son utilisation pour la production de biens et d’énergie |
3-1 : Des arbres pour l’avenir
3-2 : Production de bois « sur mesure »
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3-2 : Production de bois « sur mesure »
3-4 : Recyclage des produits du bois – une nouvelle ressource |
3-2 : Production de bois « sur mesure »
3-3 : Rationalisation du recyclage du papier |
3-2 : Production de bois « sur mesure »
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3-2 : Production de bois « sur mesure »
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4. Réponse aux demandes multifonctionnelles pour la forêt et sa gestion
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4-1 : Des forêts qui répondent à de multiples besoins
4-2 : Connaissance avancée des écosystèmes forestiers
4-3 : Adaptation de la sylviculture au changement climatique |
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5. Le secteur dans une perspective sociétale |
5-1 : Evaluation des performances générales du secteur
5-2 : Instruments de bonne gouvernance de la filière bois
5-3 : Perceptions des citoyens |
Les tâches en italiques concernent plusieurs chaînes de valorisation
Le recyclage au service de la croissance
Juste à temps pour les amateurs de football avides de lire tous les résultats de la récente Coupe du monde, une nouvelle fabrique de papier recyclé avec une capacité de production de 300 000 tonnes de papier journal par an a été mise en service en Espagne. La nouvelle machine PM62 inaugurée le 31 mai dans l'usine madrilène de Holmen Paper est capable de produire la moitié de tout le papier journal utilisé en Espagne et au Portugal. La production d'un an, mise bout à bout, atteindrait les limites de l'Union européenne dans n'importe quel sens. Et la machine n'emploie comme matière première que du vieux papier. Holmen a investi plus de 300 millions € dans cette machine pour faire de la fabrique l'une des plus avancées dans le monde, et l'une des plus respectueuses de l'environnement. Compte tenu du succès de l'approche en ce qui concerne le recyclage du papier, l'entreprise cherche à présent à réduire la quantité d'eau pure utilisée pour la production de papier, en développant des méthodes pour recycler l'eau utilisée en cours de processus.
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Biodiversité
Dans une forêt, la gestion environnementale ne se résume pas à l'abattage des arbres et à leur replantation. Les forêts constituent l'habitat naturel d'un grand nombre de végétaux, d'oiseaux, d'insectes et de mammifères. La société d'exploitation forestière suédoise Sveaskog collabore avec le WWF sur cinq projets destinés à promouvoir la biodiversité forestière. Leurs recherches indiquent que 20% des zones boisées devraient être laissées intactes pour préserver la biodiversité, et l'entreprise s'est engagée à promouvoir la protection de l'environnement en laissant de côté dans chaque région de production 20% de la superficie de forêt exploitable. Dans le cadre de cette stratégie, des zones boisées seront administrées comme des écoparcs. Les cours d'eau favorisent la diversité des espèces, avec notamment une plus grande variété d'arbres que dans les autres régions boisées. La plupart des efforts de conservation se concentreront donc autour des zones humides. L'entreprise s'efforce aussi de promouvoir la biodiversité en dehors de ses propres forêts, en encourageant les négociants qui travaillent avec d'autres pays à se tourner vers des forêts gérées dans le respect de la biodiversité.
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Une source d'énergie écologique
Le bois est peut-être le plus ancien combustible connu de l'homme, et on s'en sert encore actuellement pour se chauffer et cuisiner comme des milliers d'années plus tôt. Comme son bilan est neutre en termes d'émissions de carbone - le CO2 produit par sa combustion est absorbé par l'arbre planté pour remplacer le bois consommé -, il continuera à jouer un rôle important dans notre combinaison énergétique. La cellulose et le lignite provenant du bois peuvent être utilisés pour produire des biocarburants pour les voitures, qui entrent pour une grande part dans la consommation d'énergie de nos sociétés modernes. Ces biocarburants, purs ou mélangés avec de l'essence ordinaire ou du diesel, peuvent alimenter des moteurs sans qu'il soit nécessaire de les transformer. C'est donc une source d'énergie alternative plus propre pleine de promesses pour les secteurs des transports. L'Union s'est d'ailleurs fixé pour objectif de porter leur utilisation à 5,75% de la consommation totale de carburant dans les transports, d'ici 2010. Mais d'énormes investissements seront nécessaires dans les installations de production et de distribution. Il faut aussi convaincre les utilisateurs finaux de se tourner vers les biocarburants. Du point de vue de l'industrie, une consommation accrue des biocarburants se traduira par un renforcement de la concurrence pour les matières premières. Si la biomasse des forêts d'Europe s'accroît d'année en année, une augmentation relativement faible de la consommation de biocarburant pourrait inverser cette tendance.
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Contact:
Per-Ove Engelbrecht, Commission européenne,
DG Entreprises et Industrie, unité Industrie forestière
Tel. +32 2 299 2149
per-ove.engelbrecht@ec.europa.eu