7. Le cadre réglementaire
Un cadre réglementaire, proportionnel aux enjeux et flexible,
servirait et protégerait les consommateurs, les
travailleurs, l'industrie et l'environnement. Il contribuerait egalement à assurer la confiance du grand public
vis-a-vis des nouvelles technologies. Selon les auteurs du rapport, les activités de recherche, de developpement
ou à l'echelon industriel des nanotechnologies sont couvertes par un large spectre de régulations
(santé, sécurité sur le lieu de
travail, autorisation de mise sur le marche des médicaments etc.).
Selon le groupe de travail, les cadres de réglementation européens et britanniques sont suffisamment larges
et souples pour couvrir les nanotechnologies à leur stade de développement actuel. Toutefois,
des réglementations devront être modifiees pour observer un principe de precaution vis-à-vis
du niveau de toxicité encore incertain des nanoparticules et des nanotubes.
Dans cette perspective, les recommandations des rédacteurs du rapport sont les suivantes :
a. Autorisation d'utilisation des produits :
les produits chimiques sous forme de nanoparticules
ou de nanotubes devraient être considérés
comme de nouvelles substances dans le cadre des réglementations
regissant la notification de nouvelles substances. Au
fur et à mesure que les informations sur la toxicité des substances seront disponibles, les organismes de
régulation concernés devraient juger de l'opportunité de revoir les seuils annuels de
production entrainant la mise en oeuvre de tests de toxicité.
b. Sécurité sur le lieu de travail :
- Puisque la toxicité des particules est liée à la taille, le "Health and Safety Executive"
(HSE) devrait revoir sa réglementation concernant
l'exposition aux nanoparticules et en particulier s'interroger
sur la methode utilisée pour mesurer le taux d'exposition (masse ou nombre). Entre temps, les seuils
d'exposition professionnels devraient être abaissés.
- Le HSE, le ministère de l'agriculture (DEFRA) et l'Agence pour l'environnement britanniques devraient
revoir leurs procédures actuelles concernant
la gestion des rejets accidentels au sein et en dehors des lieux de travail.
- Le HSE devrait verifier si les methodes actuelles
de mesure et de contrôle de l'exposition des individus sur leur lieu de travail sont adaptées aux nanomatériaux.
c. Les produits de grande consommation :
- La vérification de l'innocuité des ingrédients
utilisés sous forme de nanoparticules devrait
conditionner leur autorisation d'emploi. En particulier,
l'industrie cosmétique devrait fournir des données
additionnelles sur les poudres d'oxyde de zinc qu'elle
utilise. - Les fabricants devraient publier les détails
de la methodologie employée pour vérifier
l'innocuité de leurs produits et ainsi démontrer
qu'ils ont pris en compte la différence entre
propriétés des nanoparticules et propriétés
des espèces plus volumineuses. - La composition
affichée des produits devrait préciser
la présence de nanoparticules. - Le nouveau comité
scientifique européen sur les risques sanitaires
émergents et nouvellement identifiés devrait
en priorité s'intéresser à l'innocuité
des nanoparticules dans les produits de grande consommation.
- Avec le soutien du Royaume-Uni, la communaute européenne
devrait revoir la pertinence du cadre de réglementation
actuel recouvrant l'introduction de nanoparticules dans
les produits de grande consommation.
d. Médicaments : le ministère
de la santé britannique devrait revoir ses réglementations
concernant les nouveaux médicaments pour s'assurer
que la taille et les propriétés chimiques
des particules sont prises en compte dans la recherche des effets secondaires.
e. Dégagement de nanoparticules et de nanotubes : le risque de dégagement de
ces espèces sera probablement plus élevé
lors de l'évacuation, de la destruction ou du
recyclage des produits dans lesquels ils ont été
fixés. Les fabricants devraient donc publier
des procédures précisant comment leurs
produits doivent être traités dans le but
de minimiser l'exposition des hommes et de l'environnement.
f. Mesure du taux de particules :
- Les chercheurs et les autorités de régulations
cherchant à mettre au point des methodes de mesure
des particules aéroportées de fabrication
humaine devraient rentrer en contact avec ceux qui travaillent
sur la mesure des particules polluantes (comme celles
provenant des gaz d'echappement des voitures).
- Le ministère de l'industrie britannique (le
DTI) devrait soutenir la standardisation des mesures
à l'echelle nanométrique et s'assurer
que le Royaume-Uni se trouve aux avant-postes des initiatives internationales dans ce domaine.
De façon plus générale, le groupe de travail recommande que :
- tous les organismes de régulation concernés
vérifient si leurs réglementations actuelles
protègent les humains et l'environnement des
dangers recensés dans ce rapport. Ils devraient
également publier leurs conclusions et détailler
la façon dont ils comptent traiter les vides
de réglementation.
- Ces organismes devraient inscrire les applications
futures des nanotechnologies à leur programme
afin d'identifier les vides de régulation au stade approprié.
Certaines personnes ont appelé à
un moratoire sur le développement et l'utilisation
des nanomateriaux. Le groupe de travail estime qu'il
n'existe pas suffisamment de données scientifiques
qui justifieraient un tel moratoire et qu'il n'existe
pas non plus de consensus sur la nécessité
de la mise en place de ce moratoire fondée sur
le principe de precaution. Le groupe de travail a recommandé
un certain nombre de mesures destinées à
minimiser l'exposition aux nanomateriaux en attendant
que les dangers lies aux nanofibres et aux nanoparticules
soient évalués et un moratoire n'est pas nécessaire.
Sources:
Nanoscience and nanotechnologies : opportunities and
uncertainties, rapport de la "Royal Society" et de la
"Royal Academy of Engineering" disponible a l'adresse
: http://www.nanotec.org.uk/finalReport.htm.
Rédacteur : Anne Prost.