5. Les conséquences ethiques et sociales.
Si les questions liées
à la santé, l'environnement et la sécurité
concernent essentiellement les nanoparticules et les
nanotubes, les implications ethiques et sociales couvrent
elles tout le domaine des nanosciences et des nanotechnologies.
Même si l'évolution de ces domaines à
moyen et long terme reste difficile à prévoir,
les inquiétudes sont centrées autour de deux questions :
- qui contrôle l'utilisation des nanotechnologies ?
- à qui profitera l'utilisation des nanotechnologies à court et moyen terme?
Ces questions ne sont d'ailleurs pas propres aux nanotechnologies ; elles ont déjà
été soulevées dans le passe pour
d'autres domaines, par exemple le nucléaire,
les techniques de procréation ou les biotechnologies,
et l'experience montre qu'il faut s'efforcer d'y répondre.
Dans sa discussion le groupe d'expert n'a pas pretendu
à un traitement exhaustif des difficultés
ethiques ou sociales soulevées par les nanotechnologies.
Il a souhaité en revanche identifier ses inquiétudes principales.
Souvent, ces inquiétudes trouvent leur source dans les propriétés mêmes
qui font tout l'intérêt des nanotechnologies.
Par exemple, la conjugaison de ces technologies avec
l'informatique (par exemple la liaison à distance entre des capteurs et des ordinateurs) pourrait contribuer
à l'amélioration de la sécurité
ou de la sante des personnes. Mais dans un meme temps, elle pourrait permettre une surveillance invisible ou
la collecte et la dissemination d'informations sans le consentement de la personne concernée.
On toucherait ici au domaine toujours très sensible des libertés civiles. On doit donc s'assurer
que les cadres de régulations et les institutions actuels assurent une protection adaptée aux individus
et aux groupes de la société. Les inquiétudes identifiées par le rapport ne concernent pas
que la société civile : dans le domaine militaire, les nanotechnologies pourraient trouver des
applications à la fois pour la défense et pour l'attaque, soulevant ainsi des questions sociales et ethiques.
Au cours de leurs consultations, les rédacteurs
du rapport ont également pris connaissance de
spéculations concernant l'utilisation conjointe
des nanotechnologies, des biotechnologies, de l'informatique
et des sciences cognitives dans un but d'"amélioration
radicale du genre humain". Selon eux, ces spéculations
ont pour l'instant trait soit à un avenir très
lointain, soit à de la science fiction. Toutefois,
si elles devenaient un jour réalité, elles
poseraient de très sérieuses questions ethiques.
Afin d'examiner plus profondément les conséquences ethiques et sociales des nanotechnologies,
le groupe de travail recommande donc que les conseils de recherche et le "Arts and Humanities Research Board"
(AHRB) financent un programme de recherche interdisciplinaire.
En général, les scientifiques et les ingénieurs interrogés ont également
indiqué qu'ils avaient pris en compte ou souhaité prendre en compte les impacts ethiques et sociaux de
leur travail. Les experts estiment que tous les chercheurs
engagés dans les nanosciences et les nanotechnologies
devraient songer aux consequences de leur travail et ils recommandent donc que la prise en compte des implications
ethiques et sociales des technologies avancees (comme les nanotechnologies) fasse partie de la formation de
tous les étudiants et tout le personnel travaillant dans ce domaine.
Plus précisement, ce type de formation devrait être repris dans le document commun aux
conseils de recherche et à l'AHRB portant sur les besoins de formation des étudiants formés
par la recherche ("Skills Training Requirements for Research Students").
Sources:
Nanoscience and nanotechnologies : opportunities and
uncertainties, rapport de la "Royal Society" et de la
"Royal Academy of Engineering" disponible a l'adresse
: http://www.nanotec.org.uk/finalReport.htm.
Rédacteur : Anne Prost.