4. Les impacts sur la santé, l'environnement et la sûreté
Même si les avancées potentielles apportées par les nanotechnologies dans les domaines
de la santé et de l'environnement sont les bienvenues, des inquiétudes ont vu le jour concernant les
propriétés mêmes que les chercheurs et les industriels s'efforcent d'exploiter.
On peut citer par exemple la grande réactivité de surface des nanoparticules et leur capacité
à traverser les membranes des cellules. Ces propriétés
ne representent-elles pas des dangers pour la santé
et l'environnement, en particulier n'engendrent-elles
pas une toxicite accrue ? Le groupe de travail a conclu
que la plupart des nanotechnologies ne posaient pas
de nouveaux risques sanitaires ; à contrario,
toutes les inquietudes se concentrent sur les nanoparticules
et les nanotubes "libres" (le risque reste faible dans
le cas ou ils sont enrobés dans une matrice).
Pour l'instant toutefois, peu de nanoparticules chimiques sont produites à l'echelle industrielle et l'exposition
à ces particules libres est limitée aux lieux de travail et a un petit nombre d'applications cosmétiques.
Une des conclusions majeures des experts à trait aux données et informations disponibles sur la
toxicite pour l'humain ou la nocivité pour l'environnement
eventuelles de ces objets nanométriques : en
effet, soit peu d'études ont été
réalisées soit le peu d'information disponible
est detenu par les industriels qui ne souhaitaient pas,
jusqu'à présent, le rendre publique.
Les quelques suppositions ou donnees disponibles ont été recensées par les auteurs du rapport :
- toxicite : à priori, les nanoparticules pourraient s'avérer plus toxiques par unité
de masse que les particules plus volumineuses ; cela tient à la fois à leur plus grande surface
par unité de masse et à leur plus grande réactivité chimique. Il semblerait egalement
que les nanoparticules pénétreraient plus facilement dans les cellules que les plus grosses particules ;
- pénétration de la barrière
cutanée : les nanoparticules pourraient faciliter
la production de molécules réactives qui
menent à l'endommagement cellulaire. Dans le
cas des cosmétiques, les études publiées
portant sur les particules utilisées sont encore
insuffisantes, en particulier concernant l'incidence
des particules d'oxyde de titane sur les peaux abimées
(souffrant d'eczema par exemple). Cependant l'industrie
des cosmétiques doit disposer d'une certaine
quantité d'informations.
- inhalation : à priori, les nanoparticules utilisées actuellement présentent une
faible solubilité et une faible activité
de surface. En revanche, les nouvelles nanoparticules présentent des caractéristiques différentes
et devraient être traitées avec precaution. De même, les propriétés physiques
des nanotubes, composés de carbone ou autre, indiquent que leur toxicité pourrait être
proches de celle des fibres d'amiante. Cela dit, les
études préliminaires suggèrent que les nanotubes ont tendance à se rassembler
en grappe et se trouvent donc rarement sous forme isolée.
- explosion : des risques d'explosion pourraient exister pour des nanoparticules combustibles.
Les recommandations formulées par les experts sont donc marquées par les incertitudes
qui pèsent sur les dangers potentiels liés
aux nanotechnologies. Ils recommandent ainsi que " Research Council UK " établisse un centre de recherche
interdisciplinaire englobant des institutions de recherche
déjà existantes et charge de mener des recherches sur la toxicité, l'épidemiologie,
la persistance, la bioaccumulation et les voies d'exposition des nanoparticules et nanotubes.
Ce centre serait également chargé de développer des methodologies et des instruments
pour contrôler la présence de ces espèces
dans l'environnement (bâtiments et nature). Sa
mission consisterait également à faire
le lien avec les organismes de régulation, à
interagir avec ses équivalents européens
et internationaux et à maintenir une base de
données de ses resultats. Des financements devraient
également être attribués à
des groupes de recherche ne faisant pas partie du centre.
Le groupe de travail estime qu'un financement de 5 à 6 millions de livres (environ 7,3 à
8.8 millions d'euros) par an sur dix ans serait nécessaire. Cette dotation devrait être apportée par
le gouvernement mais le centre pourrait également recevoir des financements européens ou internationaux.
De precieuses informations sur la pénétration des défenses du corps humain par les nanoparticules
pourraient être obtenues auprès des chercheurs qui les utilisent pour la délivrance ciblée
de medicaments. Le groupe de travail recommande donc que ces chercheurs collaborent avec ceux qui travaillent
sur la toxicité des especes nanométriques. Il recommande également que les essais de ces
nouveaux médicaments prennent en compte la toxicité propre à ces particules et en particulier leur
capacité à toucher des cellules et des organes distants de leur cible.
L'impact des especes nanométriques sur les especes vivantes non humaines et leur comportement dans l'air,
l'eau, le sol ou la chaîne alimentaire sont également peu connus. Dans le doute, le rapport recommande donc
que le rejet dans l'environnement de nanotubes et de
nanoparticules d'origine artificielle soit aussi limité que possible.
En particulier, les experts recommandent que :
- les laboratoires et les lieux de fabrication traitent ces especes comme dangereuses et cherchent à
réduire ou à supprimer leur présence dans les rejets ;
- l'utilisation de nanoparticules libres pour des applications environnementales, comme le traitement des eaux et des
sols, soit interdite tant que les travaux de recherche nécessaires n'auront pas été menés
et qu'il n'aura pas été démontré que les bénéfices potentiels l'emportent sur les risques potentiels.
Il est également pour l'instant extrêmement difficile de savoir dans quelle mesure les especes nanométriques
sont susceptibles de s'échapper des futurs produits
industriels dans la composition desquels elles rentreront. Il est donc recommandé que, lors de la conception
et de la mise au point d'un produit, les industriels
évaluent le risque de dégagement de nanoparticules ou de nanotubes durant toute la durée de vie
du produit. Ces informations devraient ensuite être
mises à la disposition des autorités de régulation.
Enfin, partant du constat que certaines informations
détenues par les industriels ne sont pas publiques,
les experts recommandent que les comités scientifiques
consultatifs compétents charges de la sûreté
des ingrédients (en particulier le comité
scientifique européen des produits cosmétiques
et des produits non alimentaires) demandent que toutes
les données relatives à l'évaluation
des dangers et les methodologies employées pour les obtenir soient rendues publiques.
Sources:
Nanoscience and nanotechnologies : opportunities and
uncertainties, rapport de la "Royal Society" et de la
"Royal Academy of Engineering" disponible a l'adresse
: http://www.nanotec.org.uk/finalReport.htm.
Rédacteur : Anne Prost.